barbara lanthemann

Le peuple.vs


Initiative cantonale pour un Valais laïque

L’initiative cantonale pour un Valais laïque est à peine entrée dans les chaumières que déjà, et c’est tant mieux, elle fait jaser.

Précisons ici quelques points non négligeables.

L’initiative en question est l’aboutissement d’une réflexion menée par un groupe de citoyennes et de citoyens valaisans-nes issu-es de différents partis politiques et associations du canton, loin du clivage gauche-droite,  soucieux-ses de remettre l’Etat au milieu du village. Un Etat qui, religieusement neutre ne financera aucune activité liée au culte de quelque manière que ce soit. Un Etat qui pourra cependant entretenir des relations avec les communautés religieuses en ce qui concerne leurs activités d’intérêt général. Soit, des activités qui s’adressent à toute la population.

L’initiative demande simplement une séparation claire des églises et de l’Etat. Ni plus. Ni moins.

L’Etat n’a pas à privilégier l’une ou l’autre des religions sous prétexte qu’elle est majoritaire !

Que le Valais soit une terre de tradition chrétienne n’est un secret pour personne. Et personne ne le conteste. Les traditions gravées dans notre histoire sont liées à notre identité, à ce qui fait le Valais d’aujourd’hui. Il n’en est pas moins indispensable de séparer aujourd’hui clairement le pouvoir temporel du pouvoir spirituel.

L’initiative n’est pas anti-religieuse. Elle s’inscrit dans l’évolution de notre canton, dans un désir de modernité et de progrès, à la lumière des deux cent ans de l’entrée du Valais au sein de la Confédération.

Oui, nous l’admettons, nous souhaitons supprimer tout signe religieux dans les bâtiments publics, dans les écoles, les tribunaux. Le crucifix trônant dans la salle du Grand Conseil sera remplacé, c’est notre vœu le plus cher, par la convention universelle des droits humains. Y a-t-il sur terre un document plus rassembleur, plus fédérateur que cette convention, humaniste et universelle ?

Il n’y aura pas de curés à défroquer, ni de religieuses à dévoiler. Tout comme il n’y aura pas de combat stérile contre des burqas inexistantes ou des voiles couvrant les têtes des musulmanes dans les rues. Pas de suppression des jours fériés ou de cortège de la Fête-Dieu. La liberté de croyance et d’incroyance  et par conséquent la liberté de culte seront garanties. Mieux, elles seront protégées pour tout un chacun dans un esprit de neutralité et de respect. Le financement des églises sera assuré par toute personne désireuse de soutenir sa communauté religieuse.

L’initiative pour un Valais laïc est un moyen fort et puissant pour soulever des questions importantes et créer un espace neutre où chaque citoyenne et citoyen évoluera de manière égalitaire et non discriminatoire. Elle est un appel à la responsabilité de chacune et de chacun pour un canton ouvert et respectueux des valeurs humanistes, solidaires et fraternelles.

La récolte de signatures et en cours et se déplacera de ville en ville jusqu’au 1er mai 2015. Nous aurons besoin du soutien de toutes les forces progressistes du canton. Aidez-nous à créer ce Valais différent, signez le texte et permettez ainsi un débat constructif sur le rôle des institutions au sein de la société de demain.

 

 

 


10/12/2014
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A quoi sert la LICRA ?

 

Par la voix de son président, nous avons appris que la Licra, ligue contre le racisme et l’antisémitisme, ne portera pas plainte contre les propos d’un député UDC au grand-Conseil valaisan, auteur d’un tweet répugnant à la suite d’une fusillade qui a couté la vie d’un homme dans une mosquée de St-Gall : « On en redemande ».

Laisser le débat se régler entre deux mouvements fanatiques, c’est observer l’huile couler sur le feu et attendre que ça saute.

On est en droit de se poser la question « et si cela était arrivé dans une synagogue, ou dans une église catholique », quelle aurait été la réaction aux propos d’un djihadiste qui s’en féliciterait publiquement ? Imaginez la levée de boucliers, légitime, de la communauté juive de Suisse, ou des milieux chrétiens dans pareil cas !

Allons-nous rester là à regarder les intolérants bouter le feu aux échoppes tenues par des musulmans, leur accrocher un croissant sur la veste, et au final, applaudirons-nous quand on entassera ces personnes dans des trains pour des destinations inconnues ?

Les incitations à la haine sont contraires à nos valeurs, quelles que soient les communautés visées. Comme une gangrène, le mal s’étend et finira par contaminer beaucoup de monde.  A quoi sert la commission fédérale contre le racisme ? A quoi sert la LICRA ? A quoi servent les belles campagnes une fois par année, si les autres 364 jours, nous nous taisons face à l’ignoble.


10/12/2014
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Liberté, égalité, fraternité, laïcité…

 

 

 

 

Le 14 mars dernier, une délégation helvétique présentait l’avis définitif du Conseil fédéral sur les 140 recommandations adressées par la communauté internationale. La Suisse, dans le rapport lu par son délégué à la tribune du Conseil des droits de l’Homme, se félicitait d’accepter 99 recommandations, et donnait des explications sur les 41 recommandations qu’elle rejetait.

 

Parmi les recommandations proposées à la Suisse, un grand nombre concernait une meilleure protection contre les discriminations, notamment formulée par le Canada, qui demandait de « Renforcer la lutte contre le racisme en prenant des mesures en vue de l’adoption d’une législation globale contre la discrimination ». Le même état recommandait encore de « Prendre les mesures nécessaires pour renforcer les dispositions du code pénal sur les discours haineux afin d’inclure, en plus de la haine à caractère racial, religieux ou basée sur l’origine  de l’individu, des facteurs tels que la langue, la couleur de  peau, le sexe, les déficiences mentales ou physiques,  l’orientation sexuelle ou d’autres raisons similaires ». Ces recommandations ont été rejetées par la Suisse, avec comme réponse : « La Suisse se conforme à ses obligations internationales. Elle garantit la liberté d’expression et interdit toute discrimination raciale, ethnique ou religieuse» et « La Suisse préfère procéder de manière ciblée, dans les différents  domaines sensibles, par exemple dans la loi sur l’égalité entre  femmes et hommes, dans la loi sur l’égalité pour les handicapés ou par le biais de la norme pénale contre le racisme. La Suisse  dispose déjà de nombreuses mesures pour lutter contre la discrimination »

 

Notre conseiller national Mathias Reynard ne peut dès lors que se réjouir de l’appui des canadiens pour défendre son initiative parlementaire « Lutter contre les discriminations basées sur l’orientation sexuelle ». Au vu du courage de nos autorités fédérales, il en aura bien besoin.

 

On ne peut que se réjouir que parmi les recommandations acceptées figure une proposition émanant de la Norvège « prendre des mesures pour augmenter la représentation des femmes, notamment par des mesures temporaires spéciales ». Réponse de nos autorités fédérales : « La Suisse a déjà pris et continuera de prendre des mesures efficaces pour encourager la participation des femmes dans tous les domaines.». Yvonne Feri, conseillère nationale PS, a déposé en septembre 2012 un postulat ayant pour objet de « Fixer un quota de femmes dans les conseils d'administration des entreprises fédérales ou cotées en Bourse et prendre des mesures de soutien». La voie est toute tracée !

 

N’imaginons cependant pas que l’influence des pays du monde puisse ainsi accélérer les réformes en Suisse. De l’autre côté, d’autres influences soufflent le froid sur le progrès. Chef d’Etat d’un état minuscule et pourtant ô combien puissant, le nouveau pape a déjà brillé par ses propos avant d’être nommé à son nouveau poste. En Juin 2007, l'archevêque de Buenos Aires, le cardinal Jorge Bergoglio, déclarait que «les femmes sont naturellement inaptes au travail politique", se référant à la candidature présidentielle de la sénatrice Cristina Fernandez de Kirchner. "L'ordre naturel et les faits nous enseignent que l'homme est un être politique par excellence, les Écritures nous montrent que les femmes ont toujours servi à soutenir la pensée et la création de l'homme, mais rien de plus." Le successeur de Benoit XVI considérait également le mariage pour tous comme une «attaque à l'encontre du plan de Dieu».

 

L’influence de l’église catholique sur le débat politique n’est pas à négliger, il est même à craindre que certains acquis durement obtenus soient aujourd’hui gravement menacés par les coups de boutoir des religieux de tous bords.

 

 

 

Pour un Valais progressiste, il faudra immanquablement passer par une séparation de l’église et de l’état, il s’agira d’aborder courageusement le sujet de la laïcité dans ce canton, et dans ce pays, si nous ne voulons pas nous retrouver comme en quarante. Y’a pas photo !



10/12/2014
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Tomboy

Tomboy

 

Il y a un peu plus de trente ans, moi aussi j’avais 10 ans. Je jouais au foot avec les gamins du quartier, des filles et des garçons de mon âge. Ça criait, ça riait, ça se bagarrait de temps en temps, des buts discutables et des mains imaginaires agrémentaient nos matchs plus que sérieux.

Et puis quand les garçons ont commencé à se rendre aux entrainements d’une équipe pour de vrai, munis de leur sac et de leurs souliers à crampons, j’ai voulu y aller aussi, comme les autres filles du quartier qui jouaient avec nous. Pour mon plus grand malheur, mes parents ont alors décidé qu’une fille ça ne jouait pas au foot. C’est à ce moment-là que s’est arrêtée net ma future carrière de footballeuse…

Quelques années plus tard, dans une salle de cinéma, j’ai replongé dans cette enfance avec une émotion particulière. Une histoire simple et racontée avec  des images sans fard, un quartier bruyant et des gosses qui s’amusent, des filles et des garçons, et des adultes qui s’en mêlent et qui ne comprennent rien !

Tomboy, ou l’histoire d’une fille de 10 ans qui fait croire à tout le monde le temps d’un été qu’elle est un garçon. Parce que moi, à 10 ans, j’aurais donné n’importe quoi pour être un garçon et aller jouer avec les autres gamins du quartier au FC Chailly !

Et voilà que les esprits s’échauffent, que les intégristes de Civitas lancent un appel au boycott d’Arte qui programme le film sur sa chaîne. L’institut catholique et extrémiste, qui se targue de vouloir "instaurer la Royauté sociale du Christ sur les nations", appelle à "empêcher" cette diffusion. "Tomboy fait du prosélytisme en faveur de l’idéologie du genre", indique Civitas, qui appelle "les familles françaises à réagir et à empêcher la diffusion de ce film de propagande pour l’idéologie du genre". Les excités de la manif pour tous s’en mêlent, c’est la pagaille.

Le mot est lancé, celui qui fait peur, ce truc qu’on met à toutes les sauces et qu’on mélange allégrement avec tout et n’importe quoi. La théorie du genre. Chacune et chacun y va de son exposé, de son explication, de sa clairvoyance ! On nous dit que tout est à l’envers, que nos repères n’existeront bientôt plus, qu’on nous pousse vers les excès les plus horribles qui tendent à effacer toutes les références au corps, etc…

Essayez donc de répondre ou de remettre en cause leur fantasme, on vous traitera de pervers et de dangereux apprentis sorciers,  un peu de bon sens voyons, la nature c’est la nature, un garçon est un garçon et une fille est une fille!

Les « défenseurs de la vérité » poursuivent leur intoxication auprès de la population qui n’y comprend bientôt plus rien, entre orientation sexuelle et identité de genre, tout devient confus, et c’est le but, c’est tellement bon de faire peur pour ramener les brebis égarées sur le chemin de la rédemption.

 

Un détour au magasin de jouet plus tard, je vous rassure, tout va bien, le bleu c’est pour les garçons et le rose c’est pour les filles, rien n’a changé. La plupart des garçons préfèrent les tracteurs et la grande partie des filles joue à la poupée. Moi j’ai renoncé à une carrière sportive depuis belle lurette, je suis une femme bien dans mes baskets et je suis ravie, les filles de l’équipe suisse de hockey ont fait une médaille de bronze aux JO !

J’ai revu le film Tomboy la semaine dernière, sur Arte, sensible et pudique, je vous le conseille vivement ! Il n’y a que les pervers qui y ont vu des images subversives... Pour Virginie Despentes, Tomboy est « un film où l'on regarde une petite fille avec douceur ». Et, toujours selon la romancière, « c'est la douceur du regard qui pour Civitas est subversive, de façon insupportable ».


10/12/2014
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Les soucis des uns, les soucis des autres

Le Valais est confronté à de nombreux défis dorénavant. Le tourisme doit être repensé, réinventé, en harmonie avec les besoins et les législations voulues par le peuple. Ceci demandera un effort important de tous les milieux concernés, une volonté de dialogue qui devra dépasser les querelles de clochers et les clivages politiques.

Les affaires qui secouent le canton ont laissé de profondes traces auprès de la population, la confiance en nos institutions et en l’Etat s’en trouve ébranlée, la légitimité de nos autorités est remise en question.

Les inquiétudes fondées des habitants-es du canton face à la pollution au mercure, face aux incertitudes et au manque d’informations quant à la gravité de la situation, quant aux actions entreprises pour y remédier dans les meilleurs délais, ne peuvent laisser le parlement cantonal indifférent.

Et pourtant. Ce même parlement n’a pas daigné exiger une session extraordinaire pour traiter de la question. Attendons, disent-ils, les résultats de l’enquête… Les députés PDC du Haut-Valais ont refusé en bloc cette session extraordinaire. Surprenant… ou pas tant que ça au final, quand on connait le trouillomètre des élus face à la toute puissante Lonza. Apparemment, on préfère les monologues peu sérieux pour s’offusquer de la présence d’un loup qui, profitant du manque de protection des troupeaux comme recommandée, en a croqué quelques-uns au passage. Et le loup n’est du reste pas le seul à profiter de la situation, il semblerait qu’une centaine de moutons se soit volatilisée entre temps, probablement victimes d’un autre prédateur à deux pattes tout aussi alléché par l’opportunité.

Pour finir, un élu communal UDC quant à lui s’insurge de la tenue d’une Pride à Sion en 2015, année du bicentenaire. Insinuant que le tout puissant lobby homosexuel (gloups) sème la discorde au sein de la population valaisanne, le même co-président ne s’est pas le moins du monde ému de la baisse de 10% infligée au budget de l’aide sociale. Ce malgré l’intervention d’un homme de terrain, de droite, bien au fait de ce qui se passe réellement, citant les familles monoparentales, les personnes âgées, et les plus faibles revenus comme principales victimes de cette mesure anti sociale. Une société à deux vitesses, c’est bien de cela qu’il s’agit, d’un côté les bons, les bien nés, les hétéros et les suisses, de l’autre côté les mauvais, les fauchés, les homos et les étrangers. Répondez-moi, qui ici sème la discorde?

Le Valais a des soucis à se faire. De grands soucis. Plutôt que de japper contre les personnes nécessitant l’aide sociale, les loups et les homosexuel-le-s, les élu-e-s du peuple feraient bien de se pencher sur les véritables défis qui nous attendent, et répondre enfin aux questions des citoyennes et citoyens de ce canton… Au travail !


10/12/2014
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