barbara lanthemann

Ce que je crois

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S’engager en politique n’est au fond rien d’autre que se soucier de la vie de la cité, du grec politikè, sciences des affaires de la cité. Se confronter aux réalités qui nous entourent est du ressort de chacune et de chacun et ne devrait en aucun cas être réservé à une élite. Les idéologies politiques sont le fruit d’une réflexion, à savoir quel est le moyen idéal pour parvenir à ce que nous souhaitons pour la société.

Nous n’avons toutes et tous pas la même vision de ce qui est une société idéale. Pour moi, elle est solidaire, humaniste, progressiste et sociale. Elle englobe dans son fonctionnement et ses buts toutes les catégories de la population, place l’être humain et sa dignité au centre de toutes ses préoccupations.

Certains se fondent sur des religions pour construire leur engagement et leurs idéaux. D’autres s’appuient sur des philosophies. Pour ma part, j’ai été fortement imprégnée de la religion chrétienne, et j’en garde des valeurs positives non négligeables. Ou plutôt, j’ai été marquée par le texte des évangiles qui véhiculent un message de fraternité et de partage que j’ai toujours apprécié. Je ne connais pas suffisamment les autres religions pour me prononcer sur leur message, mais je ne doute pas que d’autres croyances apportent également un message identique. La charité, par exemple, constitue un des cinq piliers de l’islam. 

Aujourd’hui, de nombreuses personnes s’interrogent sur le bien-fondé d’une société qui mélange religion et politique. Je me suis engagée au sein d’un comité qui milite pour la séparation des églises et de l’Etat parce que je suis convaincue que notre société actuelle a tout à gagner d’une laïcité respectueuse des religions, mais qui ne privilégie ni ne discrimine l’une d’entre elles. La laïcité d’un Etat garantit la liberté de croyance qui est un des fondement de la démocratie, elle permet à tout un-e chacun-e de se retrouver, quelle que soit sa croyance, ou sa non-croyance, au sein d’un espace religieusement neutre. Cet espace n’est pas pour autant dépourvu de principes ou de valeurs. On y cultive le respect, la liberté, la tolérance et la justice. Au centre de cet espace, il y a l’Humain dans toute sa diversité, et la loi, dans toute sa justice.

Récemment, le parlement valaisan s’est penché sur le budget 2015. La situation des finances du canton n’est pas au vert et des corrections budgétaires semblaient inévitables. Nous aurions pu avoir le courage de trouver des recettes supplémentaires, de nombreuses solutions ont été proposées par l’alliance de gauche. Demander à celles et ceux qui le peuvent de participer plus largement au financement de l’Etat n’est pas démagogique. Au lieu de cela, la majorité, de droite, du parlement a coupé dans l’aide sociale, les subventions à l’assurance maladie, les bourses en faveur des étudiants. En prime, le parlement s’est accordé pour légiférer sur la mendicité individuelle, quasi inexistante, donnant ainsi à la droite dure de l’échiquier politique valaisan une raison de plus de stigmatiser une infime catégorie de la population.

Le parti démocrate-chrétien, le même jour, s’offusquait avec véhémence d’une motion demandant la suppression des crucifix dans les tribunaux. A coup de grandes phrases justifiant la présence de ce symbole, ils-elles ont maintes fois évoqué nos origines chrétiennes, les valeurs chrétiennes, les traditions chrétiennes, et j’en passe.

Cette hypocrisie est lamentable. Elle est digne des pharisiens que Jésus chassa du temple. Elle est infâme et révoltante. Lorsqu’il s’est agi de défendre le mendiant, au diable la charité ! Lorsque l’on a décidé de priver de nombreux ménages d’une aide indispensable pour payer leur prime maladie, foin des valeurs chrétiennes, la solidarité était tombée aux oubliettes.

 

J’ai le plus grand respect pour les personnes qui se réfèrent à leur religion et dans leurs actes, pratiquent les valeurs qu’elles véhiculent. La vie m’a donné l’occasion d’en rencontrer quelques-unes, parmi elles une femme politique que j’admire beaucoup, Ada Marra, ainsi qu’une religieuse militante, sœur Marie-Rose Genoud. Ces femmes sont la preuve vivante que l’authenticité et la sincérité sont des valeurs indissociables de tout engagement. Elles ont largement contribué à ma décision d’entrer en politique, parce qu’elles aussi, et bien avant moi, se soucient de la vie de la cité, chacune à sa manière.

Mais je m’indigne de tant d’hypocrisie, je suis révoltée de tant d’indifférence alors que nous sommes des privilégié-es ! Comment peut-on se prétendre chrétien et servir à la fois le libéralisme à outrance, la consommation sans principes, et délaisser les plus faibles, ignorer les plus fragiles d’entre nous ? Comment ose-t-on encore prétendre être les héritiers d’un évangile quand jour après jour, on foule aux pieds son message essentiel? Est-ce juste de défendre le symbole de la croix et le jour même, chasser un mendiant ? Est-ce donc si gênant de voir un homme ou une femme nous tendre la main pour une petite pièce, nous les nantis, les chanceux ? Ou alors cela nous ramène-t-il donc trop à nos contradictions, notre superficialité, notre égoïsme ?

Mon engagement politique est fondé sur des valeurs qui sont fondamentales à mes yeux. Des valeurs non négociables. Je ne me réclame pas d’une tradition chrétienne ou autre, je me présente en tant que femme, humaine et humaniste. Certes, personne n’est parfait et nous sommes toutes et tous faillibles. Peut-être avons-nous déjà trahi une fois ou l’autre au profit de notre confort personnel. Mais je m’engage à défendre les convictions qui sont les miennes avec la plus grande sincérité. Je n’ai pas de croix accrochée au mur de mon salon, non, mais c’est volontiers que je partage avec vous un texte fondamental qui me sert de guide dans chacune de mes décisions.

Au plaisir de vous rencontrer

 

L'Assemblée générale proclame la présente Déclaration universelle des droits de l'homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations afin que tous les individus et tous les organes de la société, ayant cette Déclaration constamment à l'esprit, s'efforcent, par l'enseignement et l'éducation, de développer le respect de ces droits et libertés et d'en assurer, par des mesures progressives d'ordre national et international, la reconnaissance et l'application universelles et effectives, tant parmi les populations des Etats Membres eux-mêmes que parmi celles des territoires placés sous leur juridiction.

Art. 1. Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

http://www.un.org/fr/documents/udhr/

 



22/12/2014
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