barbara lanthemann

Tomboy

Tomboy

 

Il y a un peu plus de trente ans, moi aussi j’avais 10 ans. Je jouais au foot avec les gamins du quartier, des filles et des garçons de mon âge. Ça criait, ça riait, ça se bagarrait de temps en temps, des buts discutables et des mains imaginaires agrémentaient nos matchs plus que sérieux.

Et puis quand les garçons ont commencé à se rendre aux entrainements d’une équipe pour de vrai, munis de leur sac et de leurs souliers à crampons, j’ai voulu y aller aussi, comme les autres filles du quartier qui jouaient avec nous. Pour mon plus grand malheur, mes parents ont alors décidé qu’une fille ça ne jouait pas au foot. C’est à ce moment-là que s’est arrêtée net ma future carrière de footballeuse…

Quelques années plus tard, dans une salle de cinéma, j’ai replongé dans cette enfance avec une émotion particulière. Une histoire simple et racontée avec  des images sans fard, un quartier bruyant et des gosses qui s’amusent, des filles et des garçons, et des adultes qui s’en mêlent et qui ne comprennent rien !

Tomboy, ou l’histoire d’une fille de 10 ans qui fait croire à tout le monde le temps d’un été qu’elle est un garçon. Parce que moi, à 10 ans, j’aurais donné n’importe quoi pour être un garçon et aller jouer avec les autres gamins du quartier au FC Chailly !

Et voilà que les esprits s’échauffent, que les intégristes de Civitas lancent un appel au boycott d’Arte qui programme le film sur sa chaîne. L’institut catholique et extrémiste, qui se targue de vouloir "instaurer la Royauté sociale du Christ sur les nations", appelle à "empêcher" cette diffusion. "Tomboy fait du prosélytisme en faveur de l’idéologie du genre", indique Civitas, qui appelle "les familles françaises à réagir et à empêcher la diffusion de ce film de propagande pour l’idéologie du genre". Les excités de la manif pour tous s’en mêlent, c’est la pagaille.

Le mot est lancé, celui qui fait peur, ce truc qu’on met à toutes les sauces et qu’on mélange allégrement avec tout et n’importe quoi. La théorie du genre. Chacune et chacun y va de son exposé, de son explication, de sa clairvoyance ! On nous dit que tout est à l’envers, que nos repères n’existeront bientôt plus, qu’on nous pousse vers les excès les plus horribles qui tendent à effacer toutes les références au corps, etc…

Essayez donc de répondre ou de remettre en cause leur fantasme, on vous traitera de pervers et de dangereux apprentis sorciers,  un peu de bon sens voyons, la nature c’est la nature, un garçon est un garçon et une fille est une fille!

Les « défenseurs de la vérité » poursuivent leur intoxication auprès de la population qui n’y comprend bientôt plus rien, entre orientation sexuelle et identité de genre, tout devient confus, et c’est le but, c’est tellement bon de faire peur pour ramener les brebis égarées sur le chemin de la rédemption.

 

Un détour au magasin de jouet plus tard, je vous rassure, tout va bien, le bleu c’est pour les garçons et le rose c’est pour les filles, rien n’a changé. La plupart des garçons préfèrent les tracteurs et la grande partie des filles joue à la poupée. Moi j’ai renoncé à une carrière sportive depuis belle lurette, je suis une femme bien dans mes baskets et je suis ravie, les filles de l’équipe suisse de hockey ont fait une médaille de bronze aux JO !

J’ai revu le film Tomboy la semaine dernière, sur Arte, sensible et pudique, je vous le conseille vivement ! Il n’y a que les pervers qui y ont vu des images subversives... Pour Virginie Despentes, Tomboy est « un film où l'on regarde une petite fille avec douceur ». Et, toujours selon la romancière, « c'est la douceur du regard qui pour Civitas est subversive, de façon insupportable ».



10/12/2014
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